" LA NUIT

DU VENT

LUNAIRE... "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On aime le caoutchouc, elles le savent, elles nous tiennent et en profitent, mais tout compte fait, sommes nous perdants ? ! ! !

 

 

 

 

LA NUIT DU VENT LUNAIRE

 

 

 

 

127 de la Korngasse. Une vieille bâtisse. Comme du reste toutes ces maisons de quartier Huntzinger.

En dix ans c’est devenu le principal lieu d’attraction de la ville : un centre commercial, des rues piétonnes. Les façades ont été refaites, et les rez-de-chaussée transformés en boutique. Pour tous les goûts et de toutes les couleurs.

Seules quelques maisons, comme celle où loge Kuntz, restent à seul usage d’habitation.

En face de chez lui, la boutique d’Ingam, " Frau ", un magasin spécialisé dans la vente de dessous féminins d’un style très particulier : porte jarretelles de cuir, soutiens gorge à laçage, nuisettes vaporeuses, slips avec incrustation de métal, colliers cloutés, bracelets menottes... Tout un assortiment destiné à accrocher l’homme.

Mais Kunz faisait parti des inconscients qui ne s’attardaient jamais devant cette vitrine, pas même pour y jeter un coup d’œil furtif.

En ce début de semaine, Madame Ingam en personne procédait au grand nettoyage, aidée de ses vendeuses ; tout y passait, vitres, portes, présentoirs, comptoir. Du sol au plafond nulle surface n’était épargnée.

Frédérique comme à son habitude s’affairait à la devanture. Elle avait demandé cette faveur à Madame Ingam deux mois auparavant, celle-ci avait été bien trop heureuse de lui octroyer ce " privilège " dont jamais personne n’avait voulu.

En fait, Frédérique n’avait aucun goût pour le ménage, mais de là elle pouvait apercevoir ce jeune homme qui occupait ses pensées depuis longtemps, animant son cœur d’autant de joie que de peine malheureusement : il était indifférent à ses regards pourtant très parlants...

Les autres vendeuses avaient remarqué son manège depuis un certain temps déjà, et ne se gênaient pas pour la chahuter à ce propos.

- C’est à force de travailler aux milieu des mannequins que tu as pris goût à ceux qui leur ressemblent...

- Plus tard tu comprendras.

- Avec lui, tu ne risque pas d’être enceinte ! Si tu aimes tant les mannequins, prend en un chez toi !

- Si çà se trouve, il n’a ni langue ni cerveau... C’est un automate ton chéri !

- De toutes façon, je préfère un garçon réservé, propre, et agréable à tous vos soi-disant copains d’un week-end.

- Mais nos copains sont beaux, séduisants, et entreprenants...

- Ils sont surtout vantards, indifférents. Jamais je ne vous ai vu deux fois de suite avec le même. A croire qu’ils font un concours pour en accumuler le plus possible !

Madame Ingam ne perdait pas un mot de la conversation et sentait bien que la conversation prenait une tournure déplaisante.

- Vous n’êtes pas payés pour médire ainsi. Allez, au travail !

Elle pris ensuite Frédérique à part :

- Je t’aime bien ; tu es fière, pleine de bonne volonté. Crois-en mon expérience, tu es dans le vrai. Persévère, car si tu le désires vraiment de toutes tes forces, tu finiras par le conquérir.

- Merci, Madame, vos paroles me font du bien. J’apprécie la sympathie que vous me témoignez.

- Il n’est pas question d’amitié ici ; simplement j’ai reçu plus que toi, je connais bien les hommes. Ceux qui te prennent te considèrent ensuite comme leur bonne à tout faire ; ceux que par contre tu as sous ta coupe te respectent, et il n’appartient qu’à toi de les garder.

- C’est bien mon avis.

- Dis-moi : tu n’as pas vingt-cinq ans, et déjà tu semble avoir tout compris...

Frédérique lui parla des deux dernières années qu’elle avait passé, comme la plupart de ses collègues, à batifoler, flirter et sortir avec des jeunes gens bruyants, frimant dans leur voiture... Pas un seul d’entre eux n’avait montré des sentiments sincères à son égard. Ils l’avaient désiré, prise et abandonné sans la moindre émotion. Ils ignoraient ce que pouvait être l’amour, le faisait vite et mal, et n’en retirait pas grand chose, si ce n’est la preuve de leur virilité. Ils couraient après un bonheur futile, à un rythme accéléré, sans jamais saisir ce que chaque femme pouvait leur apporter.

- Et ce jeune homme ?

- Celui-là semble détecter les femmes, mais son comportement trahit pourtant une certaine attente... Il est poli, aimable... Il me plaît.

Plus tard dans la journée, Frédérique perçût un léger changement dans l’attitude des autres vendeuses à son égard. Elles semblaient plus distantes et plus agréables avec elle. De temps en temps elle les apercevait qui tenaient de petits conciliabules.

C’est seulement quand l’heure de la fermeture fût venue, qu’elle eût la clé de l’énigme :

- Frédérique, nous avons parlé entre nous de ce que t’as dit madame Ingam... Et en y réfléchissant bien, c’est toi qui a raison.

- Merci.

- Attend, ce n’est pas tout ; tu peux compter sur notre aide ; nous sommes prêtes à le piéger si tu le veux.

- Vous avez bien vite changé d’avis !

Elles avaient en effet longuement discuté cette après midi là des relations homme femme. Elles avaient avant tout pris conscience du fait qu’elles avaient en premier lieu s’imposer et ne plus se comporter comme des chattes de salon. Les jeunes gens sans lendemain ne les intéressaient plus, elles voulaient assurer leur sécurité à plus long terme.

Le plaisir ne peut s’obtenir sur le champ ; il faut du temps pour se connaître, donner, recevoir... On pouvait en cela le comparer avec le fait de se nourrir ou de savourer un met avec délice.

Comment donc pouvaient-elles espérer donner du plaisir à un parfait inconnu, une personne dont elles ne connaîtraient ni les fantasmes, ni les motivations...

Frédérique s’était accroupie pour fermer la porte vitrée du magasin, les yeux rivés sur les fenêtres de Kuntz. Elle vit sa silhouette derrière le voile du rideau : se pouvait-il qu’en ce moment il la regarde ? C’était si improbable...

Elle se redressa, alla s’habiller et s’en fût avec ses camarades.

Avant de tourner l’angle de la Kaizerplatz, elle jeta un dernier coup d’œil, et cru apercevoir une ombre qui traversait la rue... Illusion d’optique vraisemblablement.

Le lendemain, Madame Ingam leur expliqua qu’elle entendait modifier certaines choses dans son magasin.

- Nous allons innover, et tant pis si cela doit choquer dans les premiers temps.

D’après ce que j’ai compris vous êtes toutes devenues des femmes à part entière...

Un sourire entendu fit écho à ses paroles ; elles étaient unanimes à ce sujet.

- Notre magasin sera le fer de lance de la femme vainqueur.

Le projet de Madame Ingam surpris pourtant.

- Alors, selon vous, Madame, les rôles doivent être entièrement renversés.

- Non, Ursula. Bien sur que non. Simplement modifiés. Nous allons exagérer au niveau de l’agencement du magasin mais chacun comprendra la signification de tout cela.

Elles se mirent donc au travail sans être guère plus avancées par cette explication floue.

Ruth alignait les mannequins le long de l’allée centrale avec l’aide de Birgitt. Frédérique et Kristina les habillaient ensuite de cuir ; porte jarretelles, short cloutés à large ceinturon, corsets à laçage multiples, bottes à hauts talons...

Madame Ingam les couvraient alors de long imperméables en plastique transparent, épais. Elle peaufinait le tout en rabattant bien la capuche sur la tête du mannequin.

Devant chaque mannequin, un spot de forte puissance. La lumière filtrait de façon diffuse au travers du plastique, et leur donnait un aspect fantomatique, irréel.

Elles contemplaient maintenant leur œuvre : les huit mannequins alignées en haie d’honneur de part et d’autre de l’allée centrale ressemblaient à d’étranges soldats qui seraient venus d’un autre monde ; les six autres mannequins émergeaient derrière les consoles, répartis dans la boutique tels des vigies meurtrières.

Les deux derniers avaient été postés de chaque coté d’une petite alcôve, en guise de gardiennes.

Les filles avaient protesté, non pas devant le tableau de cet homme gardé par des femmes, mais plutôt par rapport à la clientèle qui risquait d’être rebutée par un tel spectacle.

Dites-vous bien que ces hommes ne sont pas gênés de nous montrer ligotés, enchaînés à leurs pieds. Chacun son tour ! Il faut surprendre pour séduire ensuite, croyez en mon expérience.

Les filles étaient resté perplexe, et il y avait de quoi. Dans l’alcôve un mannequin était assis sur un lourd fauteuil de bois, enfermé dans d’épais vêtements de caoutchouc. Deux imperméables recouvraient son visage ; le premier était à contresens, la capuche du second normalement rabattue sur la tête.

Les jambes étaient maintenues écartées par de larges sangles de cuir rivées au fauteuil. Il en allait de même pour les bras fixés aux accoudoirs. Sa tête était emprisonnée dans une cage de cuir cadenassée au niveau du cou au dossier.

Les accessoires qu’on pouvait voir sur les mûrs de cette alcôve accentuait encore ce sentiment de malaise qu’on avait d’emblée à la vue de cette scène. Il n’y avait aucune équivoque possible quant au sexe du mannequin. C’était un Homme.

Tout ceci avait éveillé la curiosité du Ruth :

- Madame Ingam, est-ce-que des gens se servent de tels instruments ?

- Oui, pour certains. Pour d’autres, ce ne sont que des accessoires décoratifs.

- Ce sont des sadiques !

- Forcer le plaisir n’est pas du sadisme.

- Et ça, alors ?

Ruth désignait du doigt un petit étau.

- Il faut le serrer avec modération, c’est tout.

- Mais comment savoir quand s’arrêter ? Si l’homme est muselé il ne peut même pas crier.

- Le simple contact de l’étau suffit déjà. On le serre juste un peu pour éviter qu’il ne tombe. Le reste n’est que fantasme.

- Pour moi ce ne sont que des malades !

- Et quand une homme te presse les seins et te pince le bourgeon, c’est un malade ?...

Ruth piqua un fard, et se détourna. Kristina en profita pour intervenir :

- Nous ne sommes pas aussi compliquées que les hommes...

- C’est bien simple. Les femmes ont toujours été dominées. La reprise en main est donc d’autant plus violente qu’elle est difficile. Les choses vont s’équilibrer rapidement par la suite. Ils en ont besoin aussi ; ils rêvent de boire des fleuves, et ils doivent pour l’instant se contenter d’un petit verre...

Madame Ingam attira Frédérique :

- Regarde qui est derrière la vitrine !

Kuntz ne pouvait les voir, mais elles par contre le voyaient très distinctement. Il ignorait qu’on l’observait et dévorait la vitrine des yeux. Quand il aperçût l’alcôve, il se figea, et resta ébahi. Frédérique sourit. Elle ne le quittait pas des yeux. Madame Ingam lui tapota l’épaule. Elles se comprenaient d’un seul regard.

Frédérique savait maintenant. Mais comment parvenir à ses fins puisqu’il ne daignait lui prêter la moindre intention...

Kuntz s’éloigna. Elle reprit son travail tout en cherchant désespérément le moyen qui lui permettrait d’entrer en contact avec lui.

Quand l’heure de la fermeture arriva, elle sortit comme à l’accoutumé avec ses camarades, mais s’arrêta cette fois à l’angle de la Kaizerplatz, se blottit dans l’encoignure d’une porte et attendit.

Une ombre traversa furtivement la rue, et vint se coller à la vitrine. C’était Kuntz, elle en était sûre !

Aller le trouver maintenant lui serait fatal ; surpris en flagrant délit de fantasme, il s’en irait aussi sec.

Elle patienta. Il finit par retourner chez lui, et elle en fit de même.

Le lendemain, les jours suivants, elle continua d’épier son manège.

Un soir, contrairement à ses habitudes, il entra au 127 côté immeuble. Frédérique courut aussitôt vers la boutique, et pénétra derrière lui sans faire un bruit.

Elle le suivit ainsi jusqu'à la cave et resta clouée sur place en le voyant forcer la porte de la remise du sous-sol. Kuntz, un voleur ! Ce n’était pas possible.

Assise dans le noir derrière un grand carton elle écoutait le moindre bruit qui pût lui donner une indication. Il avait ouvert cette porte dont personne ne se servait plus puisque les stocks étaient descendus directement par la trappe à l’intérieur de la boutique.

Quand elle l’entendit gravir les marches de l’escalier qui menait au magasin, elle fût rassurée : ce ne pouvait pas être un voleur, il cherchait autre chose que la simple marchandise de la remise.

Il ne devait pas y voir grand chose avec sa petite lampe de poche...

Elle l’entendait maintenant qui se dirigeait vers l’alcôve. Il lui sembla qu’il tournait autour du mannequin, qu’il le manipulait. Il fallait qu’elle aille voir ce qu’il fabriquait.

Elle prit sur elle, se ressaisit, et accéda à la trappe qu’elle entrebâillât légèrement. Les yeux au ras du sol elle pouvait ainsi l’observer avec la certitude de n’être pas repérée.

Il avait pris la place du mannequin, avait revêtu ses vêtements de caoutchouc.

Elle était abasourdie ; ses jambes la soutenaient à peine. Elle rentra chez elle comme dans un rêve.

Ce qu’elle venait de voir était absurde. Elle ne pouvait trouver une logique à tout cela. Elle sombra dans un sommeil agité, peuplé d’images aberrantes.

Bien qu’elle n’aie pas continué à l’épier les jours suivants, elle sut qu’il était revenu chaque nuit ; le mannequin n’était jamais remis exactement de la même façon, il y avait toujours un petit détail qui laissait trace de son passage.

Kuntz de son côté passait des nuits fantastiques. Il revenait de son travail vers 18h, passait devant la boutique, montait chez lui, et après avoir dîner surveillait la fermeture du magasin. Il descendait d’un pas allègre s’épanouir dans la boutique déserte.

Ce soir là, il pleuvinait. Les gouttes de pluie diffusaient la lumière autour des réverbères, halos vaporeux. La ville était engourdie, déserte.

Il traversa la cave en véritable habitué des lieux.

Quand il soulevait la trappe il avait toujours un petit pincement de cœur à l’idée qu’une des filles puisse être encore à l’intérieur.

Il évoluait parmi ces ombres, connaissait l’emplacement de chaque panier, chaque console qu’il devait contourner pour atteindre l’alcôve.

Tandis qu’il déshabillait le mannequin, un frisson de plaisir le parcourrait : le contact du caoutchouc l’excitait terriblement.

Il se changea, se cala dans le fauteuil, boucla les sangles des chevilles, des mollets, des cuisses, s’imaginant ainsi prisonnier de ces dames.

Le caoutchouc glissait sur son visage au rythme de sa respiration, l’aveuglant et l’excitant tout à la fois.

Il avait rabattu les sangles sur ses avant-bras et ses poignets puisqu’il ne pouvait les fermer lui-même.

Il était heureux. Il se laissait aller, emporté par le feu qui envahissait peu à peu son être. Pourtant alors qu’il s’apprêtait à changer de position, l’effroi le gagna ; il était attaché, il ne pouvait plus remuer ses bras, aussi incroyable que cela puisse paraître dans ce lieu désert et noir. Secouant la tête, il parvint au prix de bien des efforts à faire tomber sa capuche sur sa poitrine. Il scruta l’obscurité, détailla les menottes de cuir qui maintenaient ses poignets. Même inconsciemment il n’aurait pas pu s’attacher ainsi.

En regardant alentour il vit les mannequins, et en les fixant plus attentivement faillit hurler. Imperceptiblement les huit mannequins progressaient dans sa direction. Ce n’était pas le fruit de son imagination. Les bras le long du corps, raides comme des cadavres, ils avançaient dans leur linceul de plastique sombre.

La gorge nouée, les yeux exorbités, il refusait cette image. Il avait froid, il se sentait glacé Le caoutchouc glissait sur son corps. Il régnait ici une atmosphère de vieux caveau humide.

Les ombres approchaient toujours. Il distinguait au travers du plastique des porte-jarretelles de cuir, des gaines cloutées, tout ce qui l’avait séduit et le terrorisait maintenant.

Un des mannequins s’était détaché du groupe, s’avançait, vint enfleurer son visage. Se retournant il décrocha une muselière à double bâillon, revint vers lui et lui présenta la boule pour le museler.

Non ! Il n’ouvrirait pas la bouche. Il refusait de se prêter à ce jeu !

Un second mannequin s’approcha, s’accroupit dans un frémissement de plastique, avança une main vers son entrejambe. Kuntz avait les yeux rivés sur cette main qui lentement ouvrit la fermeture du pantalon, s’empara des organes... La boule en un éclair s’enfonça dans sa bouche sans qu’il est le temps de crier. Le mannequin rabattit aussitôt les sangles sur sa nuque, les boucla étroitement : la première partie du bâillon était en place . Les sangles couvraient son visage du menton aux yeux. Le rabat qui faisait office de muselière fût à son tour fixé aux boucles, enfonçant davantage la boule dans sa bouche. Ainsi muselé, il ne pouvait émettre le moindre son.

L’autre mannequin n’avait pas lâché prise et lui tenait toujours les organes. Son coéquipier lui passa un petit outil dont Kuntz était sûr de faire les frais ; un système comprenant deux plaques de bois reliées par de longues vis aux extrémités. Les deux mannequins se chargèrent de lui enserrer les testicules.

Ils introduisirent ensuite sa verge en érection - Kuntz malgré sa frayeur n’était pas resté insensible - dans un étroit manchon de caoutchouc en accordéon. Les imperméables dissimulaient cet effroyable système.

Un autre mannequin qu’il n’avait pas vu s’approcher s’affairait maintenant sur la fermeture - anus du pantalon.

Si Kuntz n’avait pas tout de suite saisi pourquoi le siège comportait une ouverture à cet endroit là, il le savait depuis quelques instants. Ce trou permettait en effet de faire passer un tuyau dont l’extrémité ressemblait à un sexe qu’on lui forçait actuellement dans l’anus. Il se contracta, il refusait ce viol. Mais le gland de caoutchouc bien lubrifié eût raison de lui. Il le sentit pousser son sphincter, le pénétrer, encore et encore... L’objet était dans son ventre, maintenant le sphincter largement ouvert.

Les mannequins reculèrent peu à peu, s’évanouissant dans la nuit. Un seul était resté là. Il tenta de se démener mais rien n’y fit. Il avait beau ne pas les connaître, il préférait leur présence à cet abandon.

C’est alors qu’il vit le dernier mannequin se diriger vers lui, comme poussé par un vent d’outre tombe. Ses gestes semblaient mécaniques.

Une main saisit la capuche qui pendait sous son menton, et la fit lentement remonter sur son visage.

Sa tête toute entière était emprisonnée dans le caoutchouc. La capuche se gonflait au rythme de sa respiration, une respiration rendue saccadé par l’angoisse qu’il ne pouvait maîtriser.

Kuntz sentait le caoutchouc glisser sur ses yeux, ses joues, vivre contre sa peau. Certes, ce qu’il avait souhaité se réalisait, mais dans quelles conditions !

Même dans ses cauchemars les plus noirs il n’avait enduré pareille épreuve.

Des main inhumaines parcouraient sa nuque, à la recherche des lacets de la capuche. La capuche se resserra brutalement, mue par une force diabolique. Une fois encore ces mêmes mains effleurèrent les épaules pour remonter jusqu’au cou : il était maintenant victime de la deuxième capuche, fermement nouée, ne laissant qu’une petite ouverture pour le visage.

Il resta un bon moment ainsi, ignoré de tous, le regard aveuglé par les capuches.

Il sortit de sa torpeur alors qu’on lui posait quelque chose de dur sur la tête, quelque chose qui venait s’appuyer sur son cou. Et il se souvint de cette cage de cuir... Tout espoir de salut se dissipait. Il n’y avait plus qu’à attendre l’heure d’ouverture du magasin. Enfin peut-être on le délivrerait de ses maux. Si tout se passait bien d’ici là...

Rien ne bougeait plus. L’atmosphère était lourde. Kuntz respirait avec peine, bien qu’il aie peu à peu trouver un rythme plus régulier.

Seule sa position, le torse légèrement incliné sur le dossier, l’invitait à se décontracter. Les émotions fortes qu’il avait subi ainsi que ce semblant de confort eurent finalement raison de lui : il s’endormit.

Ce furent les vois des vendeuses qui le réveillèrent :

- Alors Frédérique, as-tu vu l’homme de tes rêves ce matin ?

- Non, il doit être moins pressé que d’habitude aujourd’hui.

- Ton petit Kuntz a dû faire la fête hier, il dort encore...

Etait-ce bien de lui qu’elles parlaient en ce moment ? Comment pouvaient-elles le connaître ?...

Il revit alors une image du matin précédent, une des vendeuses lui souriant dans la vitrine, une belle fille...

Elle l’aurait remarqué, alors...

Tout bascula ; la situation n’était peut-être pas si absurde. Il se trouvait là car telle était sa destinée...

Il renvoyait nettement cette fille, grande, bien bâtie, ses cheveux roux tirés en queue de cheval portée haut sur la tête. Ses grands yeux verts, ses pommettes saillantes, et surtout, ce sourire permanent qui reflétait une réelle joie de vivre.

Tout cela était bien joli mais pour l’instant personne n’avait encore remarqué sa présence. Allait-il mourir à petit feu alors que toutes ces personnes s’affairaient si près de lui ! Alors qu’il venait d’apprendre que cette fille le convoitait ! Absurde.

Il avait beau y aller de toutes ses forces, par moyen de bouger d’un pouce.

Kristina interpella Frédérique :

- Tu vois, c’est une chose qui est restée gravée dans son esprit... Cette façon qu’il avait de dévorer ce mannequin des yeux !

Et ce disant elle tapota l’épaule du mannequin qui n’était autre que l’épaule de Kuntz. Ce dernier vibra : ne pouvait-elle enfin s’apercevoir qu’il était bien en chair et en os et non en plastique !

- Seul le mannequin l’intéressait. Moi, je n’existais pas. J’aurai voulu sortir et le gifler.

- Attends qu’il revienne et nous ne le raterons pas.

- Si ce mannequin lui plaît tant, on pourrait lui en faire cadeau...

Elle pouffèrent, du rire frais et cristallin des filles de Haute-Bavière.

- Kristina, on pourrait l’appeler Kuntz, ce mannequin...

Une des filles s’approcha de lui :

- Tu n’as pas été gentil, Kuntz, avec Frédérique.

Elles pouffèrent de nouveau, tout en échangeant des mimiques sévères à l’encontre du mannequin.

Frédérique jouait la femme blessée :

- Kuntz, tu seras punie pour ta méchanceté ! Et tout de suite !

Kristina la regarda avec surprise :

- Que veux-tu faire ?

- Tu te souviens de la manette ?

- Celle dont monsieur Schlesser nous a parlé ?

- C’est ça. Il a dit qu’il l’avait raccordé.

Monsieur Schlesser, en bon artisan qu’il était, avait réalisé pour sa cliente madame Ingam ce mannequin qui était en fait un automate muni d’un système qui permettait de simuler les gestes d’un homme qui se débattrait des ses liens.

- Jamais nous ne l’avons fait fonctionner. Il est vrai que ce serait mal venu avec la clientèle ; mais là, il n’y a personne, on peut en profiter.

Kuntz se sentit sauvé : puisque l’automatisme était dans le mannequin, rien ne fonctionnerait, et elles chercheraient donc la cause de la panne, le découvrant par la même occasion.

Elles abaissèrent la manette, et là, il crut qu’il allait devenir fou : les accoudoirs vibraient, ainsi que le dossier et les montants auxquels ses jambes étaient fixées.

Plus incroyable encore, cette sensation qu’il ressentit sur son sexe : le manchon qui l’enserrait était animé de mouvements multiples, tendus, compressés, tout en vibrant...Le manchon glissa sur son sexe, et vint exciter son gland, par l’intermédiaire des ergots souples. Sa verge, raide, subissait les assauts de cet effroyable appareil.

Un minuscule tuyau toucha son gland, le frôlant, cherchant apparemment l’entrée du conduit urinaire ; il finit par le trouver au sommet du gland ou une goutte de lubrifiant perlait ; le tuyau en profita pour s’y insinuer doucement, sournoisement et glissa dans le conduit de la verge.

Kuntz sentait la fraîcheur de ce fin tuyau qui progressait lentement sans sa verge, et l’étroit tube de caoutchouc parvenu à mi parcours, à l’intérieur du sexe, stoppa son mouvement, mais, Kuntz, très excité par cette pénétration inconnue et inimaginable, se mit à lubrifier de plus en plus, une sensation délicieuse lui vira le corps de la tête aux pieds, lorsque le bue entama de lui aspirer fermement mais délicatement le liquide gras stationné dans sa verge, jusqu'à présent contenu par le bouchon que constituait le tuyau, il y était happé en une lente succion interne.

L’aspiration du lubrifiant à l’intérieur de sa verge, lui procurait des sensations de plus en plus violentes de plaisir, s’apparentant de plus en plus à une orgasme lymphatique.

L’anus non plus n’était pas épargné. Le tuyau qui l’avait envahi s’était gonflé pour se rétracter maintenant et entamer un mouvement de va-et-vient.

L’excitation de Kuntz était à son comble. Ses idées se brouillaient. Et toujours cette insupportable jouissance qui déformait son corps.

Le tuyau se contractait dans son ventre lui procurant des sensations aussi enivrantes que dégouttantes.

Ses membres se contractaient, se dilataient. Il avait perdu toute maîtrise de lui-même, dévoré par l’orgasme.

Le calme se rétablit peu à peu. Le brouillard qui avait envahi son cerveau se dissipa. Il entendit de nouveau les voix des filles :

- Pendant un instant j’ai bien cru qu’il était vivant ! C’est si bien imité !

- Monsieur Schlesser l’a baptisé " torture par le plaisir ". Une seule pression du doigt sur la manette suffit à faire basculer l’homme dans les pires orgasmes.

Et se tournant vers Kuntz :

Le corps se mit à tressauter de plus en plus vite lorsque l’appareil revint se bloquer sur son gland pour vibrer, caresser, glisser, exciter au maximum cet endroit si sensible aux attouchements ; le gland réagissait aux plus infimes caresses, se dressant, congestionné avec le tube raide qui en émergeait, dans lequel, à chaque seconde, passaient les gouttes de lubrifiant comme autant de mini orgasmes.

Kuntz ne comprenait plus son corps, il jouissait démesurément à l’extérieur de la verge par la manchon qui le branlait, sur le gland, par l’appareil vibrant, et de l’intérieur de la verge, par les aspirations, il en parvint à jouir dans l’incompréhension avec une seule idée, ne pas sombrer dans la folie...

Il crut le summum atteint, mais...

- Mon petit Kuntz, ce n’était là que le début de tes souffrances !

- Il apprendra que la femme est reine et maîtresse du jeu, qu’elle commande d’un seul claquement de doigt. Il verra combien il en coûte de se refuse à elle.

- S’il t’entendait, il nous prendrait pour des démons !

- Si les femmes étaient plus sévères, les hommes les respecteraient davantage, et tous ne s’en porteraient que mieux. Un homme maté est plus heureux.

- Allez, laissons-le se reposer. A tout à l’heure... Tes bourreaux ne t’oublient pas !

Elles le laissèrent là et il sombra aussitôt dans le sommeil.

.../...